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Fribourg vu par les écrivains 1700–1800

1702 - Joseph Addison
En 1700, Joseph Addison (1672-1719) quitte Paris pour un voyage en Italie. Poète érudit, il visite Rome sur les traces des poètes latins (Virgile, Horace). C’est au retour de ce voyage qu’il traverse la Suisse, en passant par Genève en décembre 1701, pour parvenir à Vienne durant l’été 1702. Voyageur cultivé, homme politique d’envergure, auteur dramatique à succès (Cato, 1713), Addison est aussi le fondateur du périodique The Spectator. Son ouvrage Remarks on several parts of Italy, &c. in the years 1701, 1702, 1703 (Londres, Tonson, 1705) connaîtra de nombreuses rééditions. La traduction française paraîtra en 1722, sous le titre Remarques sur divers endroits de l’Italie. M.D.

Je vis aux Capucins ce qu’ils appellent leur escargottière
De Genève je gagnai Lausanne et ensuite Fribourg. Cette dernière ville me parut bien médiocre pour être la capitale d’un canton aussi étendu. Sa situation est tellement irrégulière, que pour aller d’un quartier à l’autre, on est obligé de grimper par des escaliers d’une hauteur considérable. Cet inconvénient deviendrait néanmoins une ressource dans le cas où le feu prendrait dans quelque partie de la Ville; car au moyen des réservoirs et des écluses qu’on a pratiqués sur le haut de ces montagnes, on peut à tout instant transporter une rivière dans telle partie de la ville que l’on souhaite. [...]
1730 - Jean-Jacques Rousseau
Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) s’est rendu deux fois à Fribourg, dans sa jeunesse: en juillet 1730 et en avril 1731. Fils d’un horloger genevois et orphelin de mère, Rousseau est confié à un oncle qui le met en pension chez le pasteur Lambercier, près de Genève. En 1724, il entre en apprentissage chez un graveur de Genève. Il s’enfuit en 1728, inaugurant une vie errante, placée sous la protection de Madame de Warens, domiciliée à Annecy, qu’il considère comme sa «Maman» et dont la femme de chambre est une Fribourgeoise. Lorsque, sans nouvelle de sa maîtresse depuis quelque temps, Mlle Merceret décide de retrouver son père à Fribourg, Jean-Jacques accepte de l’accompagner dans son voyage d’Annecy à Fribourg. En 1761, le même Jean-Jacques publiera son roman par lettres La Nouvelle Héloïse. Cet ouvrage exercera d’emblée une influence considérable sur les voyageurs en Suisse, qui se rendront en pèlerinage sur les lieux décrits par Rousseau. M.D.

Fribourg, petite ville peu jolie, mais peuplée de très bonnes gens ...
[...] Voilà encore une circonstance de ma vie où la providence m’offrait précisément ce qu’il me fallait pour couler des jours heureux. La Merceret était une très bonne fille, point brillante, point belle, mais point laide non plus; peu vive, fort raisonnable à quelques petites humeurs près, qui se passaient à pleurer, et qui n’avaient jamais de suite orageuse. Elle avait un vrai goût pour moi; j’aurais pu l’épouser sans peine, et suivre le métier de son père. Mon goût pour la musique me l’aurait fait aimer. Je me serais établi à Fribourg, petite ville peu jolie, mais peuplée de très bonnes gens. J’aurais perdu sans doute de grands plaisirs, mais j’aurais vécu en paix jusqu’à ma dernière heure; et je dois savoir mieux que personne qu’il n’y avait pas à balancer sur ce marché. [...]
1780 - Philippe-Sirice Bridel
Le Doyen Bridel (1757-1845), né à Begnins (VD) dans un milieu protestant, éprouvera de vives sympathies à l’égard du catholicisme. Ayant à cœur de promouvoir l’idée d’une nation suisse, au-delà des querelles confessionnelles et des rivalités cantonales, il se révèle un écrivain fécond: poète, conteur, auteur de récits de voyages, traducteur... Dès 1779, il publie son premier recueil de poèmes, dont certains seront repris dans les Poésies helvétiennes (1782). En 1785, il fonde les Etrennes helvétiennes (organe de la Société helvétique). Les Etrennes seront réunies de 1787 à 1797 sous le nom de Mélanges helvétiques, puis rééditées et poursuivies de 1813 à 1831 sous le titre Le Conservateur suisse. Ces recueils réunissent des textes de tout genre (récits de voyage, poèmes, chansons...), où s’exprime son patriotisme helvétique. M.D.

Nous logeâmes à la Mort
Le 29 juillet 1780 [...]
Vevey passé, nous voilà bientôt dans un pays inconnu, d’abord assez monotone, ensuite plus agréable. Châtel-Saint-Denis, premier village du canton de Fribourg, nous présente déjà un culte, des habitations, des moeurs et des paysages différents. Son antique château garde et commande le passage: plus loin, les campagnes s’élargissent; les champs se décorent de blés; à leur suite des prés nouvellement fauchés s’étendent jusqu’aux premiers coteaux des Alpes couverts de pâturages et de troupeaux: nous voilà donc hors de chez nous; mais qu’aurions-nous à craindre? [...]
1785 - Madame de La Briche
Adélaïde Edmée de La Briche (1755-1844), née Prévost à Nancy, passe son enfance à Paris. En 1780, elle épouse Alexis-Janvier-Lalive de La Briche avec qui, en 1785, elle part pour un voyage en Suisse. Son mari meurt de la petite vérole durant le voyage. C’est quelques jours après la mort de son mari (31 juillet 1785), que Madame de La Briche arrive dans le canton de Fribourg, au début du mois d’août. Accueillie au château de Greng et réconfortée par la famille de Garville, elle poursuit sa route, accompagnée de Monsieur de Diesbach, et se rend à Fribourg, où l’attendent ses amis, Monsieur et Madame d’Epinay. En 1788, Madame de La Briche traversera à nouveau le canton de Fribourg, en passant par la Gruyère. M.D.

Une sorte d’horreur que ce lieu m’inspira
[...] Je dînai chez Madame d’Epinay et nous profitâmes du reste de la journée, qui était superbe, pour parcourir la ville. Elle est, certainement, la plus extraordinaire de toute la Suisse. Les maisons, placées en amphithéâtre sur des rochers, forment plusieurs rues les unes au-dessus des autres, de manière que les voitures passent au-dessus des maisons et qu’il n’est presque aucune rue où il ne faille enrayer.
La ville est coupée par une chaîne immense de rochers inhabités: au milieu de ces masses, on voit cependant encore une maison qui semble suspendue en l’air, depuis qu’un quartier énorme de rocher, sur lequel elle posait en partie, s’est détaché avec un fracas épouvantable et est tombé dans le torrent qui traverse la ville, où on le voit encore. Le coup d’oeil de Fribourg, à cet endroit, est d’un genre de beauté le plus sauvage et le plus horrible, si l’on peut parler ainsi. Cette maison, comme suspendue sur une petite pointe de rocher, qui tombera sans doute comme le reste et qui est cependant habitée; cette chaîne de rochers nus et arides au milieu d’une ville peuplée; le torrent qui la traverse en grondant et dans lequel on voit encore ce quartier énorme de rocher: tout enfin, dans Fribourg, ressemble au désert le plus sauvage et on ne peut concevoir comment des hommes ont eu la pensée de s’y réunir en société et d’y former une ville.
1790 - William Coxe
Prêtre anglican, William Coxe (1747-1828) effectue de nombreux voyages sur le continent en compagnie de jeunes nobles anglais, auprès de qui il exerce la fonction de précepteur. Le premier ouvrage qu’il publie s’intitule: Sketches of the natural, civil, and political state of Swisserland: in a series of letters to William Melmoth (Londres, 1779). Cet ouvrage sera repris dans une nouvelle version très enrichie: Travels in Switzerland in a series of letters to William Melmoth (Londres, 1789), qui tient compte de ses trois voyages en Suisse effectués en 1776, en 1785 et en 1787. En 1781, Louis François Ramond de Carbonnières publie à Paris une traduction française des Lettres de M. William Coxe [...], enrichie de nombreuses notes et de commentaires du traducteur. Il semble que William Coxe ait préféré confier la traduction de son ouvrage à un autre traducteur, Théophile Mandar (Voyages en Suisse, Paris, 1790). M.D.

Le voyageur qui aime les scènes sauvages et romantiques
Quoique cette ville ne soit pas située dans l’endroit le plus agréable de la Suisse, on peut cependant assurer qu’il n’est ni aussi pittoresque, ni aussi sauvage que la position de Fribourg. Elle est bâtie en partie dans une petite plaine, et, en partie, sur le penchant d’une colline élevée, et sur un chaînon de rochers escarpés, à moitié environnés par la rivière de Sane. Elle est tellement cachée par les collines adjacentes, que le voyageur peut à peine l’apercevoir, jusqu’à ce qu’il soit arrivé à l’endroit où il la voit tout-à-coup du haut de l’éminence qui se courbe sur elle et qui la dérobait à ses regards.
1790 - Etienne Pivert de Senancour
Après une enfance ennuyeuse à Ermenonville et à Paris, Etienne Pivert de Senancour (1770-1846) s’enfuit en Suisse, le 14 août 1789, quand son père décide de l’envoyer au Séminaire. Il ruine sa santé lors d’une excursion sans guide dans le Grand-Saint-Bernard, qui s’achève dans l’eau glacée d’un torrent. Après avoir passé l’hiver à Saint-Maurice, il s’installe à Fribourg. En septembre 1790, il épouse Marie-Françoise Daguet, une Fribourgeoise de bonne famille, née à Agy, dans la commune de Givisiez. Ce mariage malheureux aboutira à une séparation. Senancour écrira par la suite que le 13 septembre 1790, jour de son mariage, "fut l’un des plus tristes de sa vie." Comme le relève Georges Borgeaud, "Oberman [1804] est né de la découverte des Alpes. Etienne errera dans ce vase clos, de 1789 à 1803, du pays de Vaud au Valais, de Genève à Fribourg, poussera une petite pointe vers la Suisse alémanique". M.D.

Je vous envoie pour réponse une vue de Fribourg
Vous trouvez que ce n’était pas la peine de quitter sitôt Lyon pour m’arrêter dans une ville, je vous envoie pour réponse une vue de Fribourg. Quoiqu’elle ne soit pas exacte, et que l’artiste ait jugé à propos de composer au lieu de copier fidèlement, vous y verrez du moins que je suis au milieu des rocs: être à Fribourg, c’est aussi être à la campagne. La ville est dans les rochers, et sur les rochers. Presque toutes ses rues ont une pente rapide; mais malgré cette situation incommode, elle est mieux bâtie que la plupart des petites villes de France. Dans les environs, et aux portes mêmes de la ville, il y a plusieurs sites pittoresques et un peu sauvages.
 
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