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Fribourg vu par les écrivains 1901–2000

1914 - Alexis Peiry 
Né en Gruyère, où il passe son enfance dans une famille modeste et nombreuse, Alexis Peiry (1905-1968) fait ses études chez les Pères, à Fribourg puis à Saint-Maurice (VS). Là il entre dans la Congrégation des Chanoines en 1925 et il est ordonné prêtre en 1930. Il enseigne la langue et la littérature françaises dans le réputé Collège que tiennent les Chanoines. Accessoirement il dirige le choeur mixte et la fanfare du Collège. Mais en 1941 il quitte brusquement l’état religieux, et conséquemment Saint-Maurice. Il enseigne dès lors la littérature à l’Ecole Lemania à Lausanne, jusqu’en 1965. Outre ses livres pour enfants (L’Opinel, 1951; Amadou alpiniste, 1955...), écrits avec la complicité de la photographe Suzy Pilet, il publie en 1968, la première partie de ses mémoires, sous le titre L’Or du pauvre. Publiés l’année même de la mort brutale de l’écrivain, ses mémoires resteront inachevés. Dans L’Or du pauvre, Alexis Peiry évoque son enfance gruyérienne et se souvient de ses premières amours... M.D.

Les parents de Madeleine étaient modzenês
[...] A huit ans, donc, j’éprouvais le désir non seulement d’être toujours avec Madeleine, mais d’être avec elle pour toujours. Hélas! au printemps déjà de l’année 1914, je connus pour la première fois le tourment de la séparation. Les parents de Madeleine étaient modzenês, gardes-modzons, c’est-à-dire gardes-génisses. C’est une profession bien fribourgeoise. Les modzenês sont en quelque sorte, les parias de l’alpage, alors que les armaillis en sont l’aristocratie, car eux règnent sur des vaches fécondes et non sur des génisses encore stériles. Ces deux classes bovines ne sont jamais mélangées. Un troupeau est un troupeau de vaches ou de génisses; jamais des deux à la fois, c’est une règle ancestrale. [...]
1929 - Léon Savary 
Né à Fleurier (NE) le 29 avril 1895, Léon Savary (1895-1968) fait ses études au Collège Saint-Michel, puis à l’Université de Fribourg. Il évoquera sa vision de cette ville dans Fribourg (1929) et ses souvenirs de collégien dans Le Collège Saint-Michel (1932). Après sa conversion au catholicisme, il songe un temps à entrer dans les ordres au couvent de la Valsainte, auquel il consacrera un volume (La Chartreuse de la Valsainte, 1937). A 26 ans, il quitte Fribourg et entame une carrière de journaliste à Genève, au Genevois et à la Tribune de Genève, puis à Berne, comme correspondant de ce quotidien. Après la Seconde Guerre mondiale, il va vivre à Paris, où il assure pendant dix ans la correspondance de la Tribune de Genève (1946-1956). Il passera la fin de sa vie à Vevey et décèdera à Boudry (NE) en 1968. Savary nous a également laissé des romans (Le Cordon d’argent, 1940, Le Troupeau sans berger, 1942), des nouvelles (Au Seuil de la sacristie, 1921, Le Cendrier d’Erymanthe, 1953) et des Mémoires (1956-1966). M.D.

Il y a deux Fribourg bien distincts
Il y a deux Fribourg bien distincts que nulle rigoureuse limite ne sépare, mais qui ne se fondent pas en un seul. Il y a le Fribourg «bolze», le Fribourg de la petite vie, du bon petit café, du libéralisme, de la politique communale, du négoce, de la chasse au canard sauvage, du jeu de la «tape», des pâques à l’église des cordeliers, du collège Saint-Michel, du chapitre collégial. Et il y a le Fribourg international, «pythoniste», celui de l’Université, des abbés américains à chapeau melon, des comités à ramifications européennes, des dominicains, du fanatisme, de l’internationale noire.
Il y a le Fribourg qui se méfie de tout ce qui est étranger et le Fribourg qui unit Madrid à Varsovie; le Fribourg qui veut de la religion et celui qui ne veut que de la religion; le Fribourg du curé qui commente le catéchisme, du capucin qui distribue des images aux enfants, et le Fribourg du prédicateur en robe blanche, qui dîne en ville, selon le mot de Huysmans; le Fribourg fermé et replié sur lui-même et le Fribourg ouvert sinon à l’Europe, du moins à la chrétienté; le Fribourg qui est un grand Romont et le Fribourg qui est une petite Rome. [...]
1934 - Gonzague de Reynold
Issu d’une ancienne famille aristocratique fribourgeoise vouée au service des Rois de France, Gonzague de Reynold (1880-1970) fait de brillantes études de lettres, voyage beaucoup à travers l’Europe, fonde à Genève avec Ramuz, les frères de Traz et les Cingria La Voile latine (1904), puis avec d’autres la Nouvelle Société helvétique (1914), avant d’être nommé professeur de littérature française à l’Université de Berne (le premier universitaire à consacrer un grand cours à Baudelaire). Appelé ensuite à l’Université de Fribourg, il y enseigne l’histoire jusqu’à sa retraite. Poète, conteur, mais surtout connu par son ouvrage majeur sur La Formation de l’Europe (LUF-Plon, 1941-1957), il a laissé, outre de volumineux Mémoires, quelques livres intelligents et charmants sur son pays et particulièrement sur Fribourg, son histoire et ses paysages: Cités et pays suisses (1914-1920), Le génie de Berne et l’âme de Fribourg (1934), Fribourg et le monde (1957). M.D.

L’aspect romantique
[...] Pour que Fribourg devienne à la mode, il faudra que le siècle change et que, du préromantisme, on entre dans le romantisme tout court: «le genre troubadour», l’émigration, le Génie du Christianisme, l’engouement pour une Allemagne moyenâgeuse, légendaire et pittoresque, le retour au gothique. A ce moment, on s’aperçoit que Fribourg vaut un arrêt entre deux diligences. On admire sa situation, la manière hardie dont la ville est campée sur son promontoire, au-dessus de la rivière; on découvre sa cathédrale, ses portes, ses murs, ses fontaines, son tilleul de Morat. Cité du moyen âge dans un paysage alpestre: Alpes, moyen âge, les deux images que renferme l’adjectif romantique. [...]
1940 - Georges Borgeaud
Né à Lausanne le 27 juillet 1914, Georges Borgeaud (1914-1998) fait ses études secondaires à Aubonne (VD) et au collège de Saint-Maurice (VS). Après un apprentissage de libraire à Zurich et à Fribourg, Borgeaud vivra à Paris depuis 1946, en passant l’été dans le Quercy. Son premier roman Le Préau (1952) obtient le Prix des critiques. Il publie ensuite La Vaisselle des Evêques (1959), Italiques (1969), Le Voyage à l’étranger (1974), Le Soleil sur Aubiac (1986). Pendant la Seconde Guerre mondiale, Georges Borgeaud travaille comme libraire à la Librairie de l‘Université de Fribourg (LUF). Il a évoqué dans plusieurs textes l’atmosphère du Fribourg des années de guerre, et en particulier celle de la LUF: «C’était là l’une de ces officines helvétiques où l’on respirait, non sans quelques risques de censure, le refus de toutes dictatures [...]» (Yoki, 1978). Georges Borgeaud est mort à Paris en décembre 1998. M.D.

Le Grand Parloir de la LUF
[...] Nous appelions cette officine «le Grand Parloir» car en effet on y parlait beaucoup de tout, des événements de la guerre, des polémiques qu’elle engendrait. Tous les jours s’arrêtaient là de fortes personnalités de l’Université et des monastères, des réfugiés politiques dont l’exil, il faut le dire, s’il animait la nostalgie du pays momentanément perdu, était douillet. Ils trouvaient la neutralité helvétique un peu grise, peut-être, mais rassurante. On pouvait y discuter sans risque et rhétoriquement de la liberté. Une guerre contre les dictatures trouvait ses justifications dans le discours; mais était-ce un mal de maintenir abstraitement à l’abri des coups du sort la pérennité d’une valeur, de lui offrir une sorte de tabernacle? Fribourg pensait juste et ceux qui s’étaient engagés dans le combat, hors des frontières, venaient parfois retrouver l’orthodoxie de leurs résolutions dans le calme Pays fribourgeois. L’espérance sortait des esprits les plus fins et les plus lucides. [...]
1941 - Antoine Dousse
Né à Fribourg le 16 juin 1924, Antoine Dousse passe son enfance à la campagne, à Praroman et au Mouret, où ses parents possèdent une grande propriété; pendant longtemps la famille y reviendra passer l’été. Après un baccalauréat latin-grec au Collège Saint-Michel, il fait ses études de lettres à Fribourg et à Paris. De 1949 à 1952, il est assistant de René Bady puis de Pierre-Henri Simon à la chaire de Littérature française de l’Université de Fribourg. En 1953, il reprend la Librairie de l’Université de Fribourg, qu’il exploite jusqu’en 1970. Désormais jusqu’à la retraite, il enseigne les lettres anciennes et la littérature française à Lausanne et à Genève. Marié et père de trois fils, il habite Romont depuis 1969. Il publie en 1984 un ouvrage sur Le Musée suisse du Vitrail, en 1985 des extraits de son Journal: La Nuit la Source, carnets et feuillets sans date: 1940-1950, en 1994 (avec d’autres) Témoin de l’Homme: Hommage à Pierre-Henri Simon. En 2001, il publie aux Éditions Faim de Siècle un nouveau choix d’extraits de son Journal : L’Or et le Sable, pages d’un journal : 1939-1974. Antoine Dousse a fait paraître de nombreux articles de critique littéraire et artistique, notamment dans La Liberté. Antoine Dousse est décédé à Romont le 7 janvier 2006. M.D.

Le Cortège de Saint-Nicolas
Fribourg, dimanche 7 décembre 1941
Notre classe de Sixième organisait, hier, la traditionnelle fête de Saint Nicolas.
A la nuit tombée, le petit cortège quitte la cour vaste et sombre du Collège. C’est notre ami Ignace Ruffieux qui est Saint Nicolas: il est admirable de bénigne majesté avec son maquillage, sa longue barbe blanche, sa mitre, la crosse sur laquelle il s’appuie et les bénédictions qu’il ne cesse de prodiguer. Il est précédé d’un groupe de fifres et de tambours et des petits chanteurs de la maîtrise costumés en pages du XVe siècle. Par moments il marche, et par moments il chevauche un petit âne au pelage foncé. Celui-ci brusquement s’arrête, pensant peut-être qu’on ne lui accorde pas assez d’attention : tout le cortège s’immobilise; Saint Nicolas souriant lui fait croquer un biscaume, alors il bouge ses oreilles de contentement et il repart, et tout le monde avec lui. [...]
1942 - Luc F. Dumas 
Né à Romont (FR) en 1927, Luc François Dumas, fils de l’architecte Fernand Dumas (1892-1956), entre dans l’Ordre de saint Dominique en 1946. Il fait son noviciat au couvent de la rue de la Glacière à Paris, puis à l’Université de Fribourg ses études de théologie et de lettres. Après divers ministères, sans quitter l’ordre auquel il appartient, il gagne son indépendance et se consacre à l’enseignement de la philosophie à Lausanne. En 1981, il expose sa théologie dans Le Dieu probable. Puis il publie deux livres de réflexions et de souvenirs autobiographiques, Bachu (1983) et Bachu chez les Justes (1985) où s’affirme, parfois avec causticité, son talent d’écrivain. Doué pour les arts, il pratique aussi la peinture et la sculpture, ayant eu à 15 ans la révélation de la beauté du monde dans un lever de soleil estival qui transformait Romont en «une Jérusalem céleste régionale». Dans les premières pages de Bachu, il compare sa ville natale et le pays de son enfance à «un Mont-Saint-Michel de campagne». M.D.

Un Mont-Saint-Michel de campagne
Le pays de ma naissance ressemble à un immense chapeau mexicain, posé entre les Alpes et le Jura. C’est une plaine circulaire de dix kilomètres de diamètre, aux bords relevés, avec une colline brusque au centre. Un sombrero géologique. Mais un sombrero un peu aplati, aux bords tout effilochés de forêts, dont la calotte centrale, très allongée, a la forme d’un crâne d’avant l’époque glaciaire. Sur ce crâne, une ville du Moyen Age, tours, créneaux, château, bastions, cathédrale et bataclan.
On peut y arriver de n’importe où, des quatre points de l’horizon, le spectacle est toujours le même. En sortant des grands bois qui délimitent la circonférence et dominent la plaine, on découvre avec stupeur un gros Mont-Saint-Michel de campagne, lourd et paresseux, allongé à plat ventre dans les champs. Ou plutôt une caravelle retournée fond sur fond, avec tout son gréement gothique sur le dos, parce que la colline de molasse sur laquelle la ville est bâtie a la forme rigoureuse d’une coque de navire renversée. Une énorme chaloupe orientée nord-sud, la quille en l’air et l’étrave au soleil. [...]
1943 - Gianfranco Contini
Gianfranco Contini (1912-1990) naît à Domodossola près de la frontière suisse (son père est un fonctionnaire italien des Chemins de fer suisses, CFF). Ecrivain, philologue et critique littéraire formé à la double école de Benedetto Croce et de Leo Spitzer, Contini consacre ses principaux travaux à la littérature médiévale (Un poemetto provenzale di argomento geomantico, LUF, 1940), mais certaines de ces analyses d’auteurs contemporains (Pasolini, Gadda) ont fait date (Esercizi di lettura, 1939). En 1938, à l’âge de 26 ans, il est appelé à l’Université de Fribourg, qu’il quitte en 1952 pour celle de Florence. En 1968, il est appelé à la Scuola Normale Superiore de Pise. Son autorité intellectuelle dépasse largement le domaine où s’exerce son activité de philologue, de critique et d’historien de la littérature (du Moyen Âge au XXe siècle). Généralement considéré comme un des maîtres de la critique italienne du XXe siècle, Contini participe activement à la résistance contre le fascisme pendant la Seconde Guerre mondiale, tout en tissant, depuis Fribourg et le Tessin, un réseau de liens intellectuels et d’initiatives qui ont marqué la culture italienne en Suisse pendant et après la guerre. C.F.

Émile Benveniste
[...] Fui aiutato dalla circostanza che un amico, notabile della città, si era trasferito in una rustico-sontuosa villa di campagna, alloggiando Benveniste nella sua pristina casa perfettamente arredata, a distanza di due dalla mia, su un grande viale periferico. Accadde così che salissi da lui tutti i giorni. Una visita eccezionale fu quella del 6 giugno 1944, quando la mattina presto, appena captata la radio, gli portai la notizia dello sbarco alleato in Normandia, e festeggiammo insieme il primo gesto della Liberazione. L’appartamento era luminoso, piacevolmente ammobiliato e fornito anche di una simpatica bibliotechina francese (oltre al resto, il padron di casa, pro tempore direttore della Biblioteca Cantonale, era francese per parte di madre); e l’amico ricorreva per consiglio all’ospite: nelle notti difficili a che libro catturante affidarsi? Benveniste non aveva esitazioni: all’Histoire des Treize di Balzac.
Passavamo gran parte delta giornata alla Biblioteca, dove Benveniste, per quel che potevo vedere, accumulava schede e appunti, non so anche se redigesse (si rifiutava alla macchina da scrivere): veniva preparando le grandi opere di dopo la guerra, di dove gli sarebbe venuta una gloria travolgente.
1944 - Charles-Albert Cingria
D’un père turc et d’une mère polonaise, naturalisés suisses et établis à Genève, Charles-Albert Cingria (1883-1954) a connu une jeunesse dorée, vagabonde et curieuse jusqu’à ce que s’interrompent les rentes provenant de domaines en Turquie. Il choisit alors la liberté, et accepte la pauvreté. Il vit à Paris, fréquente les peintres, les musiciens et les écrivains, et tient une chronique dans la NRF. Chassé par l’occupation en 1940, il s’installe provisoirement à Fribourg, dans une chambre à la Grand’Rue 5 qu’il gardera jusqu’à sa mort. La bourgeoisie du lieu ignore son talent et ses ouvrages (La civilisation de Saint-Gall, 1929; Pendeloques alpestres, 1929; Le canal exutoire, 1931; Bois sec, bois vert, 1948) et le considère avec un sourire comme un clochard cultivé. Ce sont les jeunes Bellettriens, à l’initiative de leur président Roger Nordmann, qui ont perçu son génie et qui, pour l’aider sans froisser son amour-propre, lui ont commandé un de ses livres les plus délicieux: Musiques de Fribourg (1945). Parmi les «morceaux» que Charles-Albert compose alors, celui qu’il consacre à la Salle de lecture de la Bibliothèque cantonale et universitaire (BCU), «où la musicologie tout entière le réclame», vaut le détour. M.D.

La Salle de lecture de la BCU
[...] Il n’y a pas grand monde dans la salle. J’ai vu à l’entrée un superbe chien noir attaché à une boucle maçonnée dans l’édifice (elle devait servir autrefois à attacher les chevaux) et je tâche de deviner, en inspectant bien chaque lecteur, qui peut être le propriétaire de cet animal remarquable. Il n’est probablement pas là; à défaut, je discerne quelques travailleurs de grande marque: une dame adornée de falbalas inconcevables qui aquarellise l’héraldique, une petite sœur des pauvres, deux anachorètes du désert, un capitaine français, un doux professeur espagnol à barbe en pointe – un terroriste probablement – quelques collégiens, de studieuses jeunes filles un peu trop roses; un, deux, cinq, six Polonais qui font tout un remue-ménage autour du rayon affecté à la vérification des dates. Ah! L’affolante gymnastique! Car, en général, dans les travaux historiques réputés sérieux, toutes les dates sont fausses. Pour les redresser – cependant là elles sont encore fausses – existent des manuels spéciaux, comme le Stokvis dont les trois épais volumes ne contiennent que des nomenclatures et des dates. [...]
1947 - Eugenio Montale
Malgré des études classiques, Eugenio Montale (1896-1981) envisageait une carrière dans le bel canto. Mais au retour de la Grande Guerre, il s’adonne à la critique littéraire. Sa vaste culture anglo-saxonne et française fait de lui, en une période de repli provincial de l’Italie, un véritable Européen. La poétique de la réticence qui s’exprime dans son premier recueil (Ossi di seppia, 1925) se trouve à l’origine de l’hermétisme. Mais son inspiration, concrète et quotidienne, se nourrit de menues «occasions», d’où le titre de son second recueil (Le occasioni: 1928-1939). Pendant la Seconde Guerre mondiale, et grâce à son amitié avec Gianfranco Contini, professeur à l’Université de Fribourg, il publie des poèmes au Tessin. Ses séjours en Suisse se multiplient après la guerre (Ventidue prose elvetiche, 1994), lorsqu’il devient rédacteur au Corriere della Sera. Certains textes, comme celui sur Fribourg, naissent d’ailleurs d’exigences journalistiques (Auto da fé, 1966). Le plus grand poète de l’Italie contemporaine est aussi celui qui a le plus influencé tous les poètes italiens apparus de 1925 à nos jours. Artiste complet et polyvalent (poète, mais aussi traducteur, critique littéraire, musical et artistique, journaliste, etc.), Eugenio Montale a reçu le Prix Nobel en 1975. C.F.

Due preti negri seduti al caffè
[...] Porto di mare dell’intelligenza cattolica contemporanea, Friburgo ha altresì un suo patriziato i segreti del quale sono stati esplorati dai romanzi del ministro pleni-potenziario svizzero a Roma, René de Weck, friburghese. Si dice che in città, nelle famiglie della haute, si faccia ancora vedere l’arma con cui fu ucciso (o ferito) Enrico o Giovanni Cairoli. E pare che a un conte del Papa, molto noto per le sue pretese... benemerenze in materia, il sullodato Python, reduce da Roma dicesse: – J’ai été à Rome et j’ai vu ton monument. – Stupore del conte e spiegazione di quel bel tipo del Python: – Non c’è forse nel monumento ai Cairoli uno svizzero che spara à bout portant?
Città conservatrice (i radicali conservatori sono al governo dal 1855), Friburgo procede per vie sue, imperscrutabili. Uno scrittore francese, mezzo surrealista, l’adora dal giorno in cui poté vedervi, seduti a un tavolo di caffè due ecclesiastici negri, due autentici africani, divorarsi tranquillamente una bianchissima fonduta di gruyère...
1948 - Georges Cattaui
Issu de la haute bourgeoise juive égyptienne, Georges Cattaui (1896-1974) naît en septembre 1896 à Paris, où ses parents se trouvent alors, et passe son enfance en Egypte. Après des études à Paris (droit, sciences politiques), il retourne en Egypte et entre dans la carrière diplomatique, qui l’amènera à voyager (Prague, Bucarest, Londres, Athènes). Tout comme son cousin Jean de Menasce (1902-1973) en mai 1926, Georges Cattaui se convertit au catholicisme en avril 1928. En 1936, il renonce à la carrière diplomatique, s’installe en France et se consacre à la littérature: L’Amitié de Marcel Proust (1935) lui vaut une réputation de spécialiste de Marcel Proust. Durant la Seconde Guerre, il se réfugie à Fribourg, où il retrouve Jean de Menasce. C’est à Fribourg que Cattaui écrit son Charles de Gaulle (Porrentruy, Portes de France, 1944). C’est aussi à Fribourg, à la Librairie de l’Université (LUF), qu’il publie plusieurs ouvrages pendant cette période: Victor Hugo: Prose (1944), Victor Hugo: Poésie (1945), La Terre visitée (1945), Trois poëtes: Hopkins, Yeats, Eliot (1947). Après la guerre, il poursuivra sa carrière de critique littéraire à Paris, avant de finir sa vie en Suisse. M.D.

Les vitraux de Strawinski à Siviriez
On ne saurait trop féliciter M. le doyen Demierre et l’architecte Dumas d’avoir chargé Théodore Strawinsky de composer des travaux pour la nef de l’église de Siviriez, où l’on pouvait admirer déjà un chemin de croix de Faravel ainsi que, dans le transept, un bel ensemble de verrières d’Alexandre Cingria. Faravel ayant, peu avant sa mort prématurée, présenté trois maquettes, Strawinsky, par une pieuse pensée, les a fidèlement exécutées, tout en s’en écartant délibérément, pour les cinq autres fenêtres, du style et du caractère prévus par son prédécesseur. Les huit verrières ont été inaugurées le dimanche des Rameaux et n’ont pas manqué de produire sur les fidèles une profonde impression. Nous nous attacherons à parler ici, de préférence, des cinq compositions qui sont l’œuvre propre de Strawinsky. [...]
1955 - Jacques Thévoz
Né à Fribourg le 19 avril 1918, le photographe Jacques Thévoz (1918-1983) a porté un regard malicieux sur le monde qui l’entourait. Après des études abandonnées au Technicum de Fribourg (1932-33) et la perte de ses deux parents, Thévoz suit un apprentissage de sellier-carrossier. Entre 1939 et 1945, il effectue 791 jours de service actif dans l’armée. Il réalise alors ses premiers travaux photographiques. Après son mariage en 1947, il s’installe en Vieille-Ville de Fribourg et ouvre une boutique à la Grand’Rue. C’est le début des travaux réguliers de photographie. En 1953, renonçant à sa boutique, il installe un atelier. En 1955, il obtient un certificat fédéral de capacité à l’Ecole de photographie de Vevey. Il voyage ensuite pour la Télévision et la Radio romandes. En 1962, il réalise pour la TSR le film documentaire Fribourg insolite. Photographe et cameraman, Thévoz voyage beaucoup, avant de s’installer à Genève, en 1971. Il se donne la mort le 1er mars 1983. Jacques Thévoz nous a laissé plusieurs livres de photographies (Fribourg, 1955, Estavayer-le-Lac, 1957, etc.). Le fonds photographique Jacques Thévoz (80’000 négatifs) est conservé à la BCU de Fribourg. M.D.

Fribourg est une ville-paysage
Certaines villes s’imposent, d’autres se découvrent: Fribourg, elle, se dissimule dans les failles d’une rivière, la Sarine, dont les caprices de contours déterminent le plus parfait exemple d’anarchisme urbain. Fribourg n’est pas une ville avec un paysage autour d’elle (comme un vêtement autour d’un corps), Fribourg est une ville-paysage. La campagne qui la précède est modeste : les chemins mènent tout naturellement au ciel, les forêts sont denses, les prés verts, les montagnes à peine lointaines. Soudain les collines qui l’entourent glissent jusqu’au plus profond d’un ravin planté de maisons, de ruelles, d’impasses, d’escaliers, de passages obligés, de ponts et de placettes. [...]
1974 - Ernest Dutoit
Professeur de littératures grecque et latine mais surtout de littérature française dans les classes du lycée, l’Abbé Ernest Dutoit (1900-1983) pendant sa longue carrière a inculqué l’amour des lettres à des générations d’élèves et il n’a pas peu contribué, avec son ami le Recteur Armand Pittet, autre grand humaniste, au rayonnement du Collège Saint-Michel de Fribourg. En même temps il collabore à des revues, donne au Journal de Genève et à La Liberté des chroniques littéraires unanimement appréciées. Son immense culture et sa curiosité ne se limitent pas aux classiques, mais s’étendent jusqu’aux contemporains les plus novateurs. Il entretient des correspondances et même des relations d’amitié avec maints d’entre eux, Henri Mondor, Georges Cattaui, René Char ou Marguerite Yourcenar. Un choix de ses chroniques parues dans le Journal de Genève a été réuni dans Domaines: les idées et les mots (1960). Les articles de Dutoit parus dans La Liberté (1941-1983) ainsi que sa bibliothèque personnelle sont intégrés au catalogue par la BCU de Fribourg. M.D.

Souvenirs pieux de Georges Cattaui, un ami de Fribourg
[...] Or, c’est cet homme, Georges Cattaui, riche d’expérience et de choses vues, riche, comme aucun autre, de la plus vaste culture, c’est cet homme, dont les relations étaient quasi universelles dans le monde des arts et des lettres, qui vint à Fribourg, la quarantaine passée, se mettre à l’école du Docteur angélique et suivre le cycle des études théologiques sous la conduite des Frères prêcheurs. N’avait-il pas fait voeu de contemplation? Il écrit – est-ce à Fribourg? – dans un poème d’août 1940:
«J’entendrai dans ma retraite orante
Cette voix dont l’appel n’est jamais dépassé.»
[...]
1978 - Louis Page
Professeur, écrivain, essayiste et patoisant, Louis Page (1906-1991) a laissé une œuvre importante sur sa cité d’adoption, Romont (FR). En mars 1990, il a fait don à cette ville de ses archives, une documentation représentant 50 ans de travail. C’est pendant la guerre que Louis Page publie ses premiers articles dans La Liberté, au sujet des réfugiés dans le canton de Fribourg. Le même journal lui confiera par la suite une chronique romontoise, collaboration qui se poursuivra jusqu’en août 1983. Archiviste passionné, Louis Page trie une bonne partie des archives de Romont, après l’incendie de l’Hôtel de Ville. Il y puisera une foule d’informations pour ses romans (Le chemin de Bocheferraz, 1976) et ses nouvelles. Professeur, il enseigne le français à des générations de collégiens, à l’école Saint-Charles. Louis Page est l’auteur de plusieurs livres d’histoire sur Romont: Romont et son pays de Glâne (1956), La Collégiale de Romont (1961), Romont (1978). En 1985, ardent patoisant, il consacre un ouvrage au Patois fribourgeois. Tous les Romontois se souviennent de sa silhouette veillant sur sa ville en guettant l’horizon depuis les remparts. M.D.

Romont la jolie ville aux multiples visages
Vues de la cité
De quelque côté qu’on la contemple ou l’aborde, Romont la jolie ville aux multiples visages, offre à l’amateur de pittoresque, promeneur, peintre ou photographe, des vues plaisantes, avantageuses, comme une charmante personne ou un modèle idéal qu’on peut croquer à l’improviste ou peindre à loisir, en toute saison, par jour de soleil ou de nuages, de près ou de loin, de la plaine ou des collines voisines, avec le ciel pour fond ou les montagnes pour décor. On en a toujours pour ses peines; elle paye toujours en gratitude, toujours elle offre en souvenir son image vieillotte, un peu ridée, mais souriante autant que calme et fière, comme une dame vénérable par son âge et ses mérites, et dont la sage existence a conservé les charmes. [...]
1981 - Michel Butor
Romancier, essayiste et poète, Michel Butor est né à Mons-en-Baroeul (France) le 14 septembre 1926. Sa famille installée à Paris dès 1929, il y fait ses études (Louis-le-Grand, Sorbonne). Il prépare l’agrégation (1949-1950) après avoir rédigé un mémoire sur Les Mathématiques et l’idée de nécessité (1947). Il rencontre André Breton (1946) et ses premiers poèmes sont marqués par l’esthétique surréaliste (Travaux d’approches, 1972). Michel Butor mène ensuite une double vie, de voyageur et d’écrivain: professeur en Haute-Egypte, il rédige Passage de Milan (1954), à Salonique il écrit L’Emploi du temps (1956), à Genève La Modification (1957). Professeur à l’Ecole internationale, il rencontre Marie-Jo, qui deviendra sa femme et la mère de ses quatre filles. Ses voyages d’alors, encore méditerranéens, apparaissent dans Le Génie du lieu (1958). Ils deviendront ensuite planétaires: Réseau aérien (1962), Mobile (1962), (1971), Boomerang (1978), etc. Grand voyageur, professeur à l’Université de Genève jusqu’en 1991, Michel Butor est un écrivain fasciné par les contraintes formelles et par la géographie. Evoquant le passage de «Don Juan à Fribourg», en 1981, Michel Butor compose 24 strophes de 10 vers, correspondant à 24 cantons suisses, à 24 jeunes filles conquises, à 24 «lieux-dits», rues et places de la ville de Fribourg... tout cela en une journée de 24 heures? M.D.

Don Juan à Fribourg
[...] Hâte-toi belle dans mon malheur
je m’enfonçais écoeuré abandonné
sur la terrasse de la chapelle de Lorette taciturne
mince Bianca de Zürich
si belle amie des ruelles
je le jure versatile tes regards
tes boucles tes fesses ton hâle
tes jambes m’ont ravi ambre
reliquaire je pâlis hâte-toi
interroger trébucher nous répandre [...]
1987 - Nicolas Bouvier
Né en 1929 au Grand-Lancy près de Genève, Nicolas Bouvier (1929-1998) fait ses études et obtient deux Licences, en Droit et en Lettres, à l’Université de Genève. Adolescent, il entreprend déjà de nombreux voyages en Europe du Nord et en Italie. A partir de 1953, ces voyages le conduisent vers l’Orient et l’Extrême-Orient; puis, dans les années 1980, vers l’Ouest et l’Amérique du Nord. C’est ainsi que, photographe et iconographe, grand voyageur et écrivain, Nicolas Bouvier a parcouru le monde: les Balkans, la Turquie, l’Iran, le Pakistan, Ceylan, le Japon...: «On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait.» Vivant à Cologny près de Genève, sa profession d’iconographe et de journaliste indépendant lui permet de voyager et de constituer de riches collections de photographies (voir: Le corps, miroir du monde: voyage dans le musée imaginaire de Nicolas Bouvier, 2000). Les récits de voyage de Nicolas Bouvier, qui sont en quelque sorte des feuilles de route, n’ont pas tardé à devenir des livres-cultes pour les voyageurs: L’Usage du monde (1963), Chronique japonaise (1975), Le Poisson-Scorpion (1981). Nicolas Bouvier a également publié des poèmes (Le Dehors et le dedans, 1982), des fictions (Le Hibou et la baleine, 1993) et des essais (L’Art populaire, 1991). M.D.

Démons et merveilles
[…] pendant les années noires de la Seconde Guerre mondiale, l’évêque de Fribourg – Mgr Marius Besson – était une figure légendaire pour les officiers genevois mobilisés dans son canton. Sur la bienveillance et l’humour de ce prélat, l’hospitalité de l’évêché qui tenait quasiment table ouverte, et le moelleux de ses vins du Vully, ils étaient intarissables. S’ils en avaient eu les moyens canoniques, ils l’auraient béatifié tout vivant. Monseigneur leur faisait volontiers les honneurs de sa cathédrale et de la vue qu’on a de la flèche sur un moutonnement de toits gothiques. Un jour qu’il les précédait dans les trois cent soixante-cinq marches de l’escalier à vis, un officier trébuche sur son sabre, frise la chute et se rétablit de justesse avec un sonore «Nom de Dieu!». Monseigneur, sans même tourner la tête: «Capitaine, pourquoi ne pas dire m... comme tout le monde?»
1987 - Jean Roudaut
Romancier et essayiste français, Jean Roudaut est né à Morlaix le 1er juin 1929. Agrégé de lettres modernes, il enseigne en 1956 comme lecteur de français à l’Université de Salonique. Puis à Pise en 1963, avant d'être nommé professeur ordinaire de Littérature française moderne et contemporaine à l’Université de Fribourg (Suisse) en 1972. Jean Roudaut enseignera la littérature française à Fribourg pendant près de 20 ans (1972-1991), marquant de son empreinte des générations d’étudiants, à qui il communique le goût de la lecture. Roudaut leur permet de rencontrer de nombreux écrivains: Michel Butor, Robert Pinget, Louis-René des Forêts, Jean Starobinski, Yves Bonnefoy, et bien d’autres. Depuis 1991, il vit entre Paris et la Bretagne. Après avoir écrit un des premiers livres sur Butor (Michel Butor ou le Livre futur, 1964), des romans (Les Prisons, 1974, Autre part, 1979) et des récits (La Chambre, 1968), Roudaut s’est imposé comme un spécialiste des rapports entre littérature et peinture avec Une Ombre au tableau (1988) et Le Bien des aveugles (1992). Ses essais sur Les villes imaginaires dans la littérature française: Les Douze Portes (1990), sur l’évocation des bibliothèques dans la littérature et la peinture (Les Dents de Bérénice, 1996), et sur l’écrivain Louis-René des Forêts (1995) font autorité. Récemment, Jean Roudaut a publié des essais sur Marcel Proust et Stéphane Mallarmé. En 1987, Jean Roudaut avait consacré un essai au peintre fribourgeois Yoki. M.D.

Yoki : « La charrue »
[...] Nous ne pouvons pas aimer une peinture sans reconnaître en elle une part de notre expérience sensible. Reconnaître, c’est-à-dire nommer. Le titre constitue un premier indice de lecture. C’est souvent la désignation d’un espace, intérieur comme la «Chambre d’hôtel», extérieur: «Marée basse». Ou l’indication d’un moment: «Le matin dans la chambre»; ou celle d’une manière d’entendre le bruit des choses: «Le silence». Le paysage est sans passant, comme sans vie animale représentée. Et cependant il est habité; sur la terre peinte il y a une ombre portée. Espace sans figure, le paysage est traversé par la présence de l’homme; il n’est pas réduit à une prolifération anarchique de racines et de branches. Des noms propres, «Méandre de la Sarine», «Les Neigles», renvoient à des lieux-dits. Mais ces lieux auraient laissé démuni quiconque s’y serait rendu sans connaître la toile qui rend le site visible: elle le transpose et le divulgue. Si la peinture se doit de souligner ses articulations, c’est qu’elle expose également la composition du lieu. Elle figure une manière de voir, faite de recueillement et de louange. Si de nombreuses œuvres de Yoki donnent une impression d’équilibre et de plénitude avec leurs strates reposées, et leurs courbes lentes – comme s’il était accordé à l’artiste de reconstruire un monde accordé – d’autres sont l’expression d’élans: des diagonales, essentiellement de la droite vers la gauche, à l’inverse du sens de lecture occidentale, comme si leur mouvement devait être à la fois une ascension et un retour, creusent au centre de la toile un lieu absent (un vide marin), ou un effondrement (une faille de falaise), ou un étoilement (un arbre éclatant en ses branches). L’objet peint est la figuration rythmique de ce qui anime la peinture; ce qui anime la peinture, c’est une façon d’être au monde. [...]
1999 - Marie-Claire Dewarrat
Romancière suisse, Marie-Claire Dewarrat est née le 26 février 1949 à Lausanne; elle est, par mariage, originaire de Romanens, en Gruyère. Après des humanités à l’Institut du Sacré-Cœur à Saint-Maurice (VS), elle se marie et devient mère de famille. Elle commence par publier des poèmes, mais ce sont ses recueils de nouvelles (L’Eté sauvage et autres nouvelles, 1985; En Enfer, mon amour, 1990; Jardins divers, 1993) et son roman Carême (1987) qui la feront connaître comme un écrivain subtil et sensible. Son second roman, Les Territoires indiens (1993), la confirme comme un des auteurs qui ont su apporter un souffle et un regard nouveaux dans la littérature romande, à partir des années 1980. Dans Lieux ferroviaires (1999), Marie-Claire Dewarrat évoque la gare de Châtel-Saint-Denis (FR), la ville où elle vit aujourd’hui. M.D.

A partir d’ici: la gare de Châtel-Saint-Denis
[...] Tous les voyages de ma vie, chemins d’images ou chemin de fer, commencent à la gare de Châtel-Saint-Denis: proches ou plus lointains, exceptionnels ou quotidiens, paresseux ou pressés, durables ou vite faits, tous aussi m’y ramènent.
Faut pas le dire aux gens qui foncent sur les autoroutes, ni à ceux qui se précipitent dans leur avion, ni à ceux qui se trimbalent sur des catamarans, ni à ceux qui fusent de la terre à la lune: faut pas le dire aux gens des villes, aux baroudeurs barbus, aux camionneurs errants, ni aux scouts qui «un kilomètre à pied, ça use, ça use», ni aux cyclistes de toutes les couleurs qui sont nourris de vent; faut le dire à personne mais ma petite gare de campagne, en plus d’un lieu charmant, c’est un endroit extraordinaire, unique au monde: c’est de là que part la Grande Muraille de Chine si je décide, un jour, d’aller voir sur place comment tient son dernier moellon. [...]
 
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