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Loi sur la protection des biens culturels
7 novembre 1991

Loi
du 7 novembre 1991
sur la protection des biens culturels
 
Le Grand Conseil du canton de Fribourg
Vu la loi du 24 mai 1991 sur les affaires culturelles ;
Vu la loi fédérale du 6 octobre 1966 sur la protection des biens culturels en cas de conflit armé ;
Vu le message du Conseil d'Etat du 19 février 1990 ;
Sur la proposition de cette autorité,
Décrète :

CHAPITRE PREMIERDispositions générales
 
Objet
Article premier. La présente loi énonce les règles relatives à la protection des biens culturels, sauf celles qui relèvent de l'aménagement du territoire et de la police des constructions.
 
Définitions
a) Protection
Art. 2. L'expression protection désigne l'ensemble des mesures qui concourent à la conservation et à la mise en valeur des biens culturels.
 
b) Bien culturel
Art. 3. 1 L'expression bien culturel désigne un objet, immeuble ou meuble, ancien ou contemporain, qui présente, pour la communauté, de l'importance comme témoin de l'activité spirituelle, de la création artistique et de la vie sociale.
2 L'expression immeuble désigne une construction, un site construit ou un site historique ou archéologique.
3 L'expression meuble désigne un objet mobilier, quelle qu'en soit la nature.
 
c) Bien culturel protégé
Art. 4. L'expression bien culturel protégé désigne tout bien culturel mis sous protection conformément à la présente loi ou à la législation sur l'aménagement du territoire et la police des constructions.
 
Principes
a) Responsabilité du propriétaire
Art. 5. La responsabilité première de la protection d'un bien culturel incombe à son propriétaire.
 
b) Subsidiarité
Art. 6. La commune ou l'Etat interviennent à titre subsidiaire, dans la mesure commandée par l'intérêt public.
 
c) Légalité
Art. 7. Toute restriction à la propriété est subordonnée à l'existence d'une base légale.
 
d) Proportionnalité
Art. 8. Une restriction de la propriété ne doit pas porter aux droits du propriétaire une atteinte plus grave que ne l'exige le but d'intérêt public recherché.
 
e) Droit d'être entendu
Art. 9. Le propriétaire doit être informé et a le droit d'être entendu avant qu'une mesure comprenant une restriction de la propriété ne soit prise à son égard, sauf en cas de mesures urgentes.
 
f) Indemnisation
Art. 10. En cas d'expropriation ou de restriction de la propriété équivalant à une expropriation, une juste et complète indemnité est due.

CHAPITRE IIMesures d'encouragement
 
Information, documentation et formation
Art. 11. 1 L'Etat favorise la connaissance et le respect des biens culturels par l'enseignement, par les activités de ses institutions culturelles, par des publications et par l'entretien d'une documentation sur le patrimoine culturel fribourgeois.
2 Il peut apporter une aide aux personnes qui poursuivent les mêmes buts.
3 Il encourage et soutient la formation de base et la formation continue professionnelles dans les métiers de la protection des biens culturels.
 
Conseil
Art. 12. Sur requête des propriétaires, l'Etat les conseille sur la manière de protéger leurs biens culturels.
 
Aide financière
a) Principe de l'octroi
Art. 13. 1 L'Etat participe aux frais de conservation et de restauration des biens culturels protégés appartenant à des personnes privées.
2 Il peut également participer à ces frais lorsque les biens appartiennent à d'autres personnes.
3 L'aide financière est réduite ou supprimée lorsque les travaux n'ont pas été exécutés conformément aux prescriptions ; elle peut être refusée ou réduite lorsque le financement des travaux peut être aisément assuré par d'autres contributions.
 
b) Forme
Art. 14. 1 La participation de l'Etat prend la forme de l'attribution de subventions. Exceptionnellement, elle peut aussi consister dans la garantie d'un emprunt ou dans la prise en charge, totale ou partielle, des intérêts et frais d'un emprunt.
2 L'aide financière est attribuée par voie de décision. Cependant, lorsque des circonstances particulières le justifient, elle peut aussi être l'objet d'un contrat.
 
c) Conditions et charges
Art. 15. 1 L'attribution d'une aide financière peut être assortie de conditions ou de charges destinées à assurer la conservation, la mise en valeur ou l'accessibilité au public d'un bien culturel, ou à respecter son caractère.
2 L'aide financière de l'Etat peut être subordonnée à l'octroi d'une subvention par la commune, par la Confédération ou par des tiers.
 
d) Montant
Art. 16. 1 Le montant de l'aide financière est déterminé en fonction de la nature des travaux, soit notamment :
a) de la valeur de l'objet comme bien culturel ;
b) du coût de la conservation ou de la restauration des éléments caractéristiques conférant à l'objet sa valeur de bien culturel ;
c) de l'importance du site et de la situation de l'objet dans le site.
2 Il peut être tenu compte en outre :
a) des conséquences financières des mesures de protection, des conditions et des charges imposées ;
b) de l'aide financière apportée par des tiers ;
c) des capacités financières du propriétaire ;
d) de l'avantage matériel que le propriétaire peut retirer des travaux.
 
e) Restitution
Art. 17. 1 Outre les cas ordinaires dans lesquels une décision de subvention peut être révoquée, l'Etat exige la restitution, totale ou partielle, de l'aide financière attribuée lorsque le propriétaire aliène son bien dans les dix ans qui suivent le dépôt des décomptes finals et qu'il réalise un gain imposable ; le montant de la restitution diminue d'année en année.
2 Les modalités de la restitution sont fixées dans le règlement.
 
f) Compétence
Art. 18. 1 Les décisions relatives à l'octroi d'aides financières par l'Etat sont de la compétence du Conseil d'Etat lorsque la dépense excède le montant indiqué par le règlement ; dans les autres cas, elles relèvent du Département des affaires culturelles.
2 Elles sont prises sur préavis de la Commission des biens culturels.

CHAPITRE III

Mesures de protection

SECTION 1
Mise sous protection
 
Objets
Art. 19. Peuvent être mis sous protection :
a) les biens culturels immeubles ainsi que les parties intégrantes et les accessoires qui présentent un intérêt propre ;
b) les biens culturels meubles appartenant à :
1. une personne morale de droit public, y compris une personne morale de droit canonique ;
2. un particulier, dans la mesure où ils revêtent une importance exceptionnelle pour le patrimoine culturel fribourgeois ou dont la protection est requise par le propriétaire.
 
Procédure
a) Immeubles
Art. 20. Les biens culturels immeubles sont mis sous protection par les instruments et selon les procédures de la législation sur l'aménagement du territoire et les constructions.
 
b) Meubles
Art. 21. 1 La mise sous protection des meubles relève de la présente loi et incombe à l'Etat.
2 Les biens culturels meubles sont mis sous protection selon la procédure prévue par le Conseil d'Etat. Celui-ci peut prévoir une mise sous protection par voie contractuelle, lorsque l'intérêt de la protection l'exige.
3 Lorsqu'un meuble fait partie d'un immeuble mis sous protection par une mesure relevant de l'aménagement du territoire, il peut aussi être protégé en vertu de cette même mesure.
 
Etendue
Art. 22. 1 Sauf disposition contraire, la protection d'un bien culturel s'étend à l'objet dans son ensemble, soit, pour les immeubles, aux structures et éléments extérieurs et intérieurs et, le cas échéant, aux abords, au site et aux objets archéologiques enfouis.
2 Lorsque des circonstances particulières le justifient, la protection peut être étendue à l'agencement intérieur.
 
Effets
a) En général
Art. 23. 1 La mise sous protection a pour effets généraux d'obliger le propriétaire à conserver l'objet.
2 Elle peut être assortie d'effets complémentaires par des prescriptions sur les conditions de conservation et sur la mise en valeur de l'objet.
3 Si le propriétaire, la commune ou le Département des affaires culturelles le demandent, les mesures de protection sont mentionnées au registre foncier.
4 Sont en outre réservés les autres effets prévus par la législation sur l'aménagement du territoire et les constructions.
 
b) Aliénation de biens culturels meubles protégés
Art. 24. 1 Les personnes morales de droit public, y compris les personnes morales de droit canonique ne peuvent aliéner de bien culturel meuble protégé sans l'autorisation du Département des affaires culturelles qui décide sur préavis de la Commission des biens culturels.
2 L'autorisation peut être refusée si la conservation de l'objet ou son maintien dans le canton n'est pas assurée, si l'objet est étroitement lié à l'histoire et à l'identité de son propriétaire ou si, pour d'autres motifs, l'aliénation apparaît contraire à la protection des biens culturels.
3 L'autorisation peut être assortie de conditions ou de charges.
4 L'aliénation non autorisée est nulle. Le Ministère public fait constater la nullité et veille à la réintégration des objets aliénés.

SECTION 2
Acquisition de biens culturels par la collectivité publique
 
Droit de préemption sur des meubles protégés
a) Titulaires
Art. 25. 1 L'Etat et la commune sont titulaires d'un droit de préemption sur tout bien culturel meuble protégé qui revêt une importance exceptionnelle pour le patrimoine culturel fribourgeois. L'Etat peut exercer son droit en premier.
2 Le droit de préemption peut être cédé à la paroisse pour des objets appartenant au patrimoine religieux.
 
b) Délai
Art. 26. 1 Le délai pour exercer le droit est de trois mois à compter du jour où l'Etat ou la commune a connaissance de la vente. Le droit s'éteint à l'expiration d'un délai de cinq ans à compter de l'aliénation.
2 Le propriétaire d'un bien culturel meuble protégé doit en annoncer la vente au Département des affaires culturelles et à la commune.
 
Expropriation d'immeubles
Art. 27. 1 La commune et l'Etat peuvent, au besoin, exproprier un bien culturel immeuble protégé qui revêt une importance exceptionnelle pour le patrimoine culturel fribourgeois, pour en assurer :
a) la conservation et la restauration ;
b) l'affectation à un but d'intérêt public.
2 Ils peuvent aussi, au besoin, recourir à l'expropriation d'immeubles pour assurer :
a) l'aménagement du site ou des abords d'un bien culturel protégé ;
b) l'aménagement ou la construction d'abris pour la protection de biens culturels en cas de conflit armé et de crise.
3 La commune peut exercer son droit en premier.
4 La loi sur l'expropriation est applicable.
 
Dépôt obligatoire des imprimés et enregistrements
a) Objets soumis
Art. 28. 1 Tout imprimé ou enregistrement destiné au public, quel qu'en soit le support ou le mode de reproduction, dont l'éditeur, l'imprimeur, le producteur ou l'auteur est établi ou domicilié dans le canton, doit être remis gratuitement à la Bibliothèque cantonale et universitaire.
2 Cependant, les imprimés ou enregistrements dont le prix de l'unité est très élevé, qui sont tirés ou produits à moins de deux cents exemplaires ou qui sont le fruit d'une oeuvre gravée doivent être annoncés à la Bibliothèque et ne doivent lui être remis qu'à sa demande et contre paiement d'une indemnité égale à la moitié du prix de vente ordinaire.
3 Les documents de l'administration cantonale sont régis par les règles spéciales relatives à l'archivage.
 
b) Titulaire de l'obligation
Art. 29. L'obligation de remettre ou d'annoncer incombe, par ordre de priorité et subsidiairement, à l'imprimeur ou au producteur, à l'éditeur et à l'auteur.

SECTION 3
Contrôle de la restauration et du commerce
 
Contrôle de la restauration
Art. 30. 1 L'Etat peut exiger la tenue d'une documentation sur les travaux de restauration des biens culturels protégés.
2 Il peut assujettir à autorisation la restauration de biens culturels meubles protégés.
 
Contrôle du commerce
Art. 31. Le commerce de biens culturels meubles peut être soumis à des conditions ou à des charges nécessaires à la protection des biens ou à la répression du trafic illicite.

SECTION 4
Protection en cas de conflit armé et de crise

Devoirs des propriétaires et des possesseurs
Art. 32. Le propriétaire et le possesseur d'un bien culturel, au sens de la loi fédérale sur la protection des biens culturels en cas de conflit armé, ont le devoir de prendre ou de permettre des mesures en vue d'en assurer la protection en cas de conflit armé et de crise conformément aux dispositions y relatives.
 
Tâches
de l'Etat
Art. 33. L'Etat assume les tâches suivantes :
a) il établit l'inventaire des biens culturels d'importance nationale et régionale devant être protégés en priorité en cas de conflit armé et de crise ; il fait également, sur préavis des communes concernées, l'inventaire des biens culturels d'importance locale qu'il entend soumettre aux dispositions fédérales ;
b) il établit une documentation de sécurité relative aux objets inventoriés ;
c) il aménage ou construit des abris pour les biens culturels dont il est propriétaire ou qui lui sont confiés ;
d) il participe au financement de l'aménagement et de la construction d'abris destinés à des biens culturels protégés ;
e) il préavise et transmet les demandes de subvention adressées à la Confédération ;
f) il organise la protection des biens culturels en cas de conflit armé et de crise dans le contexte de la défense générale, et spécialement au sein de la protection civile ; il accomplit cette tâche en collaboration avec les communes ;
g) il veille à la formation par les communes des personnes affectées à la protection des biens culturels en cas de conflit armé et de crise.

SECTION 5
Obligation d'avis et mesures provisoires
 
Obligation d'avis
Art. 34. La personne qui découvre un bien culturel doit en informer immédiatement le service compétent.
 
Mesures provisoires
Art. 35. 1 Lorsqu'un bien culturel est menacé de dégradation, de disparition ou d'exportation, qu'il paraît devoir être protégé et qu'il ne l'est pas encore ou que les mesures prises se révèlent insuffisantes, le Département des affaires culturelles prend les mesures provisoires nécessaires telles que :
a) l'examen préalable de l'objet ;
b) l'interdiction de modifier ou de détruire l'objet, malgré, le cas échéant, l'octroi préalable d'un permis de construire ou de démolir ;
c) l'exécution de sondages ou de relevés ;
d) l'ordre d'effectuer des travaux de consolidation ou d'entretien ;
e) la restriction du pouvoir de disposition ;
f) la saisie de l'objet.
2 La mesure provisoire exerce des effets pendant trois mois ou, si une procédure de mise sous protection a été ouverte dans ce délai, jusqu'à l'entrée en vigueur de la décision relative à la mesure de protection.
3 L'acte qui ne respecte pas une restriction du pouvoir de disposition est nul.

SECTION 6
Délégation à des tiers
Art. 36. 1 La commune et l'Etat peuvent confier à des tiers l'exercice, sous leur contrôle, de tâches déterminées de protection de biens culturels.
2 La délégation à des tiers par décision de l'Etat est de la compétence du Conseil d'Etat.



CHAPITRE IVFouilles archéologiques
 
Compétence de l'Etat
Art. 37. 1 Les fouilles archéologiques sont de la compétence de l'Etat.
2 Lorsque des tiers sont exceptionnellement autorisés à faire des fouilles, l'Etat peut se réserver la propriété des dossiers de fouilles ainsi que le droit exclusif de publier les résultats.
 
Droit de l'Etat d'effectuer des fouilles
Art. 38. 1 L'Etat a le droit d'effectuer les fouilles nécessaires si des biens culturels enfouis sont exposés à un risque de destruction ou de disparition en raison de travaux ou pour un autre motif pertinent.
2 A défaut d'un tel risque, les fouilles nécessaires ne peuvent être effectuées que si l'importance présumée des biens culturels enfouis le justifie.
3 Les voisins doivent aussi, au besoin, permettre les empiétements nécessaires aux accès et aux fouilles.
 
Propriété
Art. 39. Les objets archéologiques mis au jour lors de fouilles effectuées par l'Etat ou par des tiers deviennent la propriété de l'Etat, à l'exception de ceux qui sont laissés sur place pour y être conservés.
 
Indemnisation
Art. 40. 1 Le propriétaire est indemnisé pour les dégâts matériels résultant des fouilles.
2 Pour les autres dommages, il a droit à être indemnisé si l'éventualité d'effectuer des fouilles n'a pas été réservée ou s'il subit une restriction à sa propriété équivalant à une expropriation.
3 L'indemnité prévue à l'article 724 al. 3 du code civil est en outre réservée.
4 A défaut d'entente, les indemnités sont fixées par le juge de l'expropriation.
 
Mesures provisoires
Art. 41. Les mesures provisoires sont régies par les dispositions de l'article 35.
 
Financement
Art. 42. L'Etat finance les fouilles archéologiques qu'il effectue. Il peut octroyer des subventions aux tiers autorisés à faire des fouilles.
 
Procédure
Art. 43. 1 Le Conseil d'Etat édicte des dispositions sur la compétence de décider des fouilles archéologiques et sur la procédure à suivre, en particulier sur la consultation des propriétaires, des autres personnes touchées et de la commune.
2 Il peut prévoir, pour les cas où des circonstances particulières le justifient, la conclusion de contrats avec les personnes concernées.

CHAPITRE VRecensement et inventaire
 
Recensement des biens culturels
a) Principes
Art. 44. 1 L'Etat établit un recensement des biens culturels énoncés à l'article 19, sous la forme d'un relevé descriptif des biens culturels qui présentent de l'intérêt pour le canton.
2 Il est tenu des recensements distincts pour les immeubles et pour les meubles ; au besoin, des recensements particuliers peuvent être établis pour des catégories spécifiques de biens culturels.
 
b) But
Art. 45. 1 Le recensement vise un but d'information pour le propriétaire et pour les autorités chargées de la protection des biens culturels.
2 Le recensement des biens culturels immeubles constitue l'une des données de base dont les communes tiennent compte lors de l'élaboration et de la modification des plans d'aménagement local. Le Département des affaires culturelles conseille les communes lors de l'élaboration et de la modification des plans et des règlements qui les accompagnent.
 
c) Procédure
Art. 46. Le recensement est arrêté et régulièrement mis à jour par la Commission des biens culturels.
 
d) Financement
Art. 47. 1 Les coûts du recensement sont supportés par l'Etat.
2 Les personnes morales de droit public, y compris les personnes morales de droit canonique peuvent être appelées, par décision du Conseil d'Etat, à participer aux coûts du recensement des objets dont elles sont propriétaires, jusqu'à concurrence de la moitié des frais effectifs.
 
Inventaire des biens culturels protégés
Art. 48. 1 Les biens culturels protégés sont portés dans un inventaire, qui est établi par l'Etat.
2 L'inventaire est tenu par le Département des affaires culturelles.

CHAPITRE VIInobservation de prescriptions
 
Devoir de remise en état
Art. 49. Lorsqu'un bien culturel protégé subit une atteinte contraire au droit, le propriétaire doit le rétablir dans un état conforme.
 
Exécution par l'Etat ou par un tiers
Art. 50. 1 Lorsque le propriétaire d'un bien culturel protégé n'accomplit pas une tâche qui lui incombe en vertu de la présente loi, le Département des affaires culturelles peut ordonner l'exécution des mesures appropriées par un service de l'Etat ou par un tiers aux frais du propriétaire. Les règles spéciales de police des constructions sont réservées.
2 Sauf danger imminent, l'ordre doit avoir été précédé d'une mise en demeure restée sans effet suffisant.
3 Si les frais sont avancés par l'Etat et que les mesures concernent un immeuble, la créance de l'Etat contre le propriétaire est garantie par une hypothèque légale, conformément à l'article 324 ch. 6 de la loi d'application du code civil suisse.
 
Dispositions pénales
Art. 51. 1 Les dispositions pénales de la législation sur l'aménagement du territoire et les constructions sont applicables à celui qui aura intentionnellement violé les dispositions des articles 24, 25, 35 et 37 de la présente loi.
2 Sont réservés les cas dans lesquels les éléments constitutifs d'une infraction plus grave sont réunis.
 
Confiscation
Art. 52. L'article 58 du code pénal suisse sur la confiscation d'objets et d'avantages pécuniaires obtenus illicitement est applicable par analogie aux infractions énoncées à l'article 51.

CHAPITRE VIIOrganisation
 
Conseil d'Etat
Art. 53. Le Conseil d'Etat exerce les attributions suivantes :
a) il exerce la haute surveillance en matière de protection des biens culturels ;
b) il édicte la réglementation d'exécution, en particulier il arrête les règles d'organisation et de procédure ;
c) il exerce les autres attributions qui lui sont confiées par la présente loi et par la réglementation d'exécution ;
d) il prend toute mesure utile pour assurer la collaboration intercantonale en matière de biens culturels.
 
Département des affaires culturelles
Art. 54. Le Département des affaires culturelles (ci-après : le Département) exerce les attributions suivantes :
a) il prend les initiatives propres à mettre en œuvre la protection des biens culturels, compte tenu des attributions respectives des organes d'exécution ;
b) il exerce les attributions qui lui sont confiées par la présente loi et par la réglementation d'exécution ;
c) il exerce toutes les attributions, en matière de protection des biens culturels, qui ne sont pas expressément attribuées à un autre organe par la présente loi, par la réglementation d'exécution ou par la législation spéciale.
 
Services et institutions culturelles
Art. 55. 1 Le Département comprend les services nécessaires à l'exercice de ses attributions.
2 Les institutions culturelles de l'Etat concourent dans la mesure de leurs attributions à la protection des biens culturels, conformément aux dispositions qui les régissent.
 
Commission des biens culturels
a) Composition
Art. 56. 1 La Commission des biens culturels (ci-après : la Commission) se compose d'un président, d'un vice-président et de onze à quinze autres membres nommés par le Conseil d'Etat.
2 Les milieux intéressés par la protection des biens culturels doivent être représentés.
3 Le Directeur du Département ou le représentant désigné par lui peut assister aux séances de la Commission, avec voix consultative.
 
b) Organisation
Art. 57. 1 La Commission est rattachée administrativement au Département des affaires culturelles.
2 Le bureau de la Commission est formé du président et de quatre autres membres de la commission désignés par le Conseil d'Etat. Il traite, par délégation de compétence, des objets d'importance secondaire et des cas urgents.
3 Le Conseil d'Etat peut instituer des sous-commissions pour l'accomplissement de tâches particulières. Elles sont présidées par des membres de la Commission.
4 Le Conseil d'Etat édicte les dispositions d'exécution nécessaires.
 
c) Attributions
Art. 58. 1 La Commission exerce les attributions suivantes :
a) elle propose toute mesure propre à promouvoir la protection des biens culturels ;
b) elle exerce les attributions qui lui sont confiées par la présente loi, par la réglementation d'exécution et par la législation spéciale.
2 Elle est légitimée à requérir l'intervention du Ministère public contre les aliénations illicites (art. 24).

CHAPITRE VIIIVoies de droit
 
Réclamation et recours
Art. 59. 1 Les décisions du Département relatives à l'attribution d'une aide financière peuvent, dans les trente jours, faire l'objet d'une réclamation au Département.
2 Les décisions sur réclamation et les autres décisions du Département sont sujettes à recours conformément au code de procédure et de juridiction administrative.
3 Les voies de droit contre les décisions relatives à la protection des biens culturels prises dans le cadre de l'aménagement du territoire et des constructions sont réglées par la législation spéciale. Toutefois, les articles 61 et 62 sont applicables.
 
Qualité pour agir
a) Particuliers
Art. 60. La qualité des particuliers pour agir contre les décisions relatives à la protection des biens culturels est définie par le code de procédure et de juridiction administrative.
 
b) Communes
Art. 61. Les communes ont qualité pour agir contre les décisions relatives à la protection des biens culturels lorsqu'elles ont un intérêt digne de protection à leur annulation ou à leur modification.
 
c) Organisations
Art. 62. Toute association, au sens des articles 60 et suivants du code civil suisse, dont le but statutaire est la protection de biens culturels a qualité pour agir contre les décisions relatives à la protection des biens culturels qui touchent des objets entrant dans la sphère de ses activités ordinaires, pour autant qu'elle existe depuis au moins cinq ans au moment où elle fait valoir ses droits.

CHAPITRE IXDispositions transitoires et finales
 
Modifications
a) Loi d'application du Code civil suisse
Art. 63. La loi du 22 novembre 1911 d'application du code civil suisse pour le canton de Fribourg est modifiée.
 
b) Loi sur les impôts cantonaux
Art. 64.) La loi du 7 juillet 1972 sur les impôts cantonaux est complétée.
 
c) Loi sur l'aménagement du territoire et les constructions
Art. 65. La loi du 9 mai 1983 sur l'aménagement du territoire et les constructions est modifiée.
 
Abrogation
Art. 66. La loi du 8 février 1974 sur le dépôt obligatoire des imprimés et des enregistrements destinés au public est abrogée.
 
Droit transitoire
a) Classement
Art. 67. 1 Les biens culturels qui ont fait l'objet d'un classement au sens de l'ancien droit sont désormais considérés comme mis sous protection au sens de la présente loi.
2 Les procédures de classement restent régies par l'ancien droit si le dossier a été mis à l'enquête publique avant l'entrée en vigueur de la présente loi.
 
b) Mesures d'aménagement
Art. 68. 1 Les biens culturels qui ont été compris dans une zone de protection ou qui ont fait l'objet d'une mesure particulière de protection au sens de la loi sur l'aménagement du territoire et les constructions sont désormais considérés comme mis sous protection, au sens de la présente loi, dans les limites déterminées par le plan d'aménagement local et sa réglementation ou par la mesure de protection.
2 L'alinéa 1 est applicable aux biens culturels figurant dans un inventaire au sens de l'ancien droit lorsqu'un plan d'affectation ou son règlement se réfèrent à l'inventaire et que la référence était mentionnée dans le dossier mis à l'enquête publique.
 
c) Inventaire
Art. 69. 1 Les biens culturels qui ont été inscrits à l'inventaire au sens de l'ancien droit sont désormais considérés comme inscrits au recensement. L'article 68 est réservé.
2 Ceux de ces biens dont l'inscription avait été communiquée au propriétaire sont en outre régis par l'article 195 al. 2 de la loi sur l'aménagement du territoire et les constructions.
 
d) Servitude
(art. 313 al. 2 LACCS)
Art. 70. 1 Les biens culturels qui ont été grevés d'une servitude en vertu de l'article 313 al. 2 de la loi d'application du code civil suisse sont désormais considérés comme mis sous protection au sens de la présente loi.
2 Le Conseil d'Etat peut déterminer, par voie réglementaire ou de cas en cas, les effets complémentaires de la mise sous protection.
 
e) Autorisation d'aliéner
(art. 314 LACCS)
Art. 71. Les biens culturels meubles d'une personne morale de droit public au sens de l'article 24 de la présente loi restent régis par les dispositions de l'article 314 de la loi d'application du code civil suisse jusqu'à l'entrée en vigueur des mesures relatives à la mise sous protection de ces biens.
 
Exécution et entrée en vigueur
Art. 72. Le Conseil d'Etat est chargé de l'exécution de la présente loi, dont il fixe la date d'entrée en vigueur.

 
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